Point de rosée : définition, calcul et température critique de vos murs

Point de rosée : définition, calcul et température critique de vos murs

Guide + calculateur Humidité · Condensation · Moisissures Mis à jour juillet 2026
En résumé Le point de rosée est la température à laquelle un air, refroidi sans perdre son eau, atteint 100 % d'humidité et commence à condenser. À 20 °C et 60 % d'humidité, il vaut 12 °C : toute surface plus froide se couvre d'eau. Mais les moisissures, elles, démarrent dès 15,4 °C.
Point de rosée : calcul et température critique des murs d'un logement

Si votre hygromètre affiche un « point de rosée », ou si vous avez croisé ce terme à la météo, vous en avez probablement tiré la même conclusion que la quasi-totalité des pages disponibles : tant que vos murs restent au-dessus de cette température, tout va bien.

C'est précisément là que je veux vous arrêter. Ce raisonnement laisse passer le problème le plus fréquent que je rencontre dans les logements : une paroi peut moisir sans jamais avoir été mouillée. Voyons d'abord ce qu'est réellement cette température, comment l'obtenir chez vous, puis quelle est la limite qu'il faut vraiment surveiller.

Le point de rosée, c'est quoi exactement ?

L'air d'une pièce ne peut contenir qu'une quantité limitée de vapeur d'eau, et cette limite dépend de sa température. Le point de rosée est la température à laquelle l'air que vous respirez atteindrait exactement sa limite. En dessous, l'eau qu'il transporte ne peut plus rester à l'état de gaz : elle se dépose.

L'air de votre salon est un mélange d'air sec et de vapeur d'eau invisible. À chaque température correspond une quantité maximale de vapeur qu'il peut porter — et cette capacité s'effondre vite quand la température baisse.

Refroidissez cet air sans lui retirer une seule molécule d'eau. À un moment précis, la quantité qu'il transporte devient exactement la quantité maximale qu'il peut contenir : il est saturé, à 100 % d'humidité. Cette température, c'est le point de rosée.

Vous l'avez déjà observé sans le nommer. Le verre d'eau glacée qui ruisselle en été n'a pas de fuite : il refroidit l'air à son contact sous le point de rosée de la pièce, et l'eau de cet air se dépose sur le verre. Le miroir de la salle de bain qui blanchit après une douche obéit à la même règle.

Retenez ce détail, il change tout pour la suite : il n'est pas nécessaire que toute la pièce refroidisse — une seule surface froide suffit. Un tableau de fenêtre, un angle de mur au nord, l'arrière d'une armoire plaquée contre un mur extérieur.

Point de rosée et humidité relative : deux indicateurs qu'on confond tout le temps

C'est la confusion la plus coûteuse du sujet, et elle mérite un tableau.

Humidité relative Point de rosée
Ce que ça mesure Le taux de remplissage de l'air, par rapport à son maximum à sa température actuelle La température à laquelle cet air serait plein
Unité % °C
Si vous chauffez sans rien ajouter Il baisse (l'air peut contenir davantage) Il ne bouge pas
Ce que ça vous dit Le confort, le risque acariens La température de surface sous laquelle il ne faut pas descendre

Le piège est le suivant. Vous montez le chauffage, l'hygromètre passe de 60 % à 45 %, et vous en concluez que le problème est réglé. Or vous n'avez retiré aucun gramme d'eau de la pièce. Le point de rosée n'a pas bougé d'un dixième de degré, et vos murs froids non plus.

Si vous voulez creuser le versant pourcentage, j'ai détaillé les seuils utiles dans le guide sur le taux d'humidité idéal dans une maison.

Pourquoi le point de rosée est un indicateur plus fiable

Dans une pièce fermée, le point de rosée ne dépend que d'une chose : la quantité de vapeur réellement présente. Votre radiateur peut cycler et faire osciller la température de plusieurs degrés — l'humidité relative montera et descendra à chaque cycle, le point de rosée, lui, restera stable.

Il ne se déplace que pour deux raisons : quelqu'un ajoute de la vapeur (respiration, cuisson, douche, linge qui sèche), ou de l'air est renouvelé et l'évacue. C'est ce qui en fait un excellent thermomètre de votre gestion de l'humidité.

Dernier cas de figure, que l'on rencontre en plein hiver : le point de rosée négatif. Quand de l'air extérieur très froid, donc très pauvre en eau, entre dans le logement puis se réchauffe, la saturation ne serait atteinte qu'en dessous de 0 °C — la vapeur passerait directement en givre. Ce n'est pas un signal de danger pour le bâti, c'est l'alerte inverse : l'air est devenu trop sec, et j'y reviens dans la dernière partie.

Calculer son point de rosée

Deux valeurs suffisent : la température de l'air et son humidité relative, toutes deux affichées par n'importe quel hygromètre. Le calculateur ci-dessous en déduit votre point de rosée, mais aussi la seconde température — celle à partir de laquelle les moisissures peuvent démarrer, bien avant la moindre goutte d'eau.

Calculateur de point de rosée

Relevez les deux premières valeurs sur un hygromètre placé au centre de la pièce. La troisième se mesure au thermomètre infrarouge, sur la paroi la plus froide.

Point de rosée — l'eau apparaît 12,0 °C
Seuil moisissures — 80 % en surface 15,4 °C
Mesurez votre paroi la plus froide Renseignez la température du mur pour savoir si cette surface est en sécurité, en zone de germination, ou déjà en condensation.

La formule exacte, et pourquoi le calcul mental vous trompe

Le calcul repose sur la courbe de pression de vapeur saturante de l'eau, qui n'a pas de solution simple. On utilise donc une régression empirique. La plus adaptée à un logement est l'équation de Buck (1981), précise au centième de degré sur la plage 0-40 °C — largement au-delà de ce que vaut un capteur grand public.

a = 17,502 b = 240,97 α = (a × T) / (b + T) + ln(HR / 100) Td = (b × α) / (a − α)

Vous croiserez aussi une astuce de calcul mental très répandue : point de rosée ≈ T − (100 − HR) / 5. Elle a un défaut que personne ne signale jamais — elle n'est juste qu'autour d'un seul point de fonctionnement.

Air à 20 °C Calcul mental Valeur exacte Écart
40 % d'humidité 8,0 °C 6,0 °C +2,0 °C
60 % d'humidité 12,0 °C 12,0 °C Exact
80 % d'humidité 16,0 °C 16,4 °C −0,4 °C

À 60 % d'humidité, elle tombe pile. En air sec, elle dérive de deux degrés entiers. Utilisez-la pour une estimation de tête, jamais pour décider si une paroi est à risque.

Le vrai seuil n'est pas le point de rosée, c'est 80 % d'humidité en surface

Les moisissures n'ont pas besoin d'eau ruisselante pour germer. Il leur suffit que l'air en contact direct avec une paroi atteigne 80 % d'humidité pendant quelques jours. Sur un mur, cette condition est remplie environ 3 à 4 °C au-dessus du point de rosée. C'est tout l'écart entre « ça ne mouille pas » et « ça moisit ».

Pourquoi les moisissures n'attendent pas la buée

Les travaux de l'Institut Fraunhofer de physique du bâtiment, à l'origine du modèle biohygrothermique et des courbes dites isoplèthes, sont formels sur ce point. La grande majorité des souches qui colonisent les logements — Penicillium, Aspergillus, et les souches toxinogènes de Stachybotrys chartarum — germent dès que l'humidité relative locale, à la surface du matériau, atteint 80 %, si cette condition tient quelques jours consécutifs.

La raison est microscopique. Le plâtre, le papier peint et les enduits sont poreux, et couverts de fines poussières organiques. Dans les pores du matériau, la condensation dite capillaire s'amorce avant 100 % d'humidité : elle fournit l'eau liquide dont les spores ont besoin pour sortir de dormance, alors que la surface visible reste parfaitement sèche au toucher.

Prenons l'ambiance de référence d'un logement chauffé : 20 °C, 60 % d'humidité.

Température de surface Ce qui se passe
Point de rosée 12,0 °C L'eau se dépose, la buée devient visible
Seuil de germination 15,4 °C Rien de visible, mais les moisissures peuvent démarrer

Il y a 3,4 °C d'écart. Un occupant qui vérifie que ses murs ne ruissellent pas se croit tranquille alors qu'il est peut-être déjà dans la zone de germination depuis des semaines. C'est exactement ainsi qu'une tache noire apparaît « du jour au lendemain » dans un angle de chambre : elle a mis des semaines à s'installer, silencieusement.

La règle de calcul à retenir Ce second seuil se calcule très simplement : c'est le point de rosée que vous obtiendriez avec votre humidité multipliée par 1,25. Air à 20 °C et 60 % d'humidité ? Refaites le calcul avec 75 % : vous trouvez 15,4 °C. C'est votre température de paroi critique.
Comparaison des deux seuils à 20 °C et 60 % d'humidité : condensation à 12 °C, germination des moisissures à 15,4 °C
Entre la condensation visible et le seuil de germination, il y a 3,4 °C de marge invisible.

Tableau de référence : les deux températures à connaître

Air Humidité Point de rosée Seuil moisissures Lecture
16 °C 60 % 8,2 °C 11,6 °C Chambre fraîche
18 °C 50 % 7,4 °C 10,7 °C Confortable
18 °C 60 % 10,1 °C 13,5 °C À surveiller
18 °C 70 % 12,4 °C 15,9 °C Zone à risque
20 °C 40 % 6,0 °C 9,3 °C Air sec
20 °C 50 % 9,3 °C 12,6 °C Cible recommandée
20 °C 60 % 12,0 °C 15,4 °C Ambiance de référence
20 °C 70 % 14,4 °C 17,9 °C Zone à risque
20 °C 80 % 16,4 °C 20,0 °C Toute la pièce est concernée
22 °C 50 % 11,1 °C 14,5 °C Confortable
22 °C 60 % 13,9 °C 17,4 °C À surveiller
22 °C 70 % 16,3 °C 19,8 °C Zone à risque

Observez la ligne à 80 % d'humidité : le seuil de germination rejoint la température de l'air elle-même. Autrement dit, au-delà de 80 % d'humidité ambiante, plus aucune paroi de la pièce n'est à l'abri, même la plus chaude. Le problème n'est plus le mur, c'est l'air.

Le point de rosée dit quand l'eau apparaît. Il ne dit pas quand le problème commence. Entre les deux, il y a trois degrés, et c'est dans ces trois degrés que se joue l'essentiel de ce que je vois sur le terrain.Julian Valenti · L'Air Sain

Condensation en surface ou dans le mur : deux problèmes différents

Tout ce qui précède concerne la condensation superficielle, sur la face visible de vos murs. Il en existe une seconde, plus sournoise : la condensation interstitielle, qui se produit à l'intérieur même de la paroi.

Le mécanisme est le suivant. En hiver, la vapeur d'eau est bien plus concentrée à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elle migre donc naturellement à travers le mur, de l'intérieur vers l'extérieur. En traversant, elle rencontre des couches de plus en plus froides. Si elle atteint un point dont la température est inférieure à son point de rosée, elle se liquéfie au cœur de l'isolant : la résistance thermique s'effondre et, sur une ossature bois, le pourrissement s'installe. C'est toute la raison d'être du pare-vapeur, qui se pose impérativement du côté chaud de l'isolant.

Les professionnels ne raisonnent d'ailleurs pas en degrés mais en facteur de température de surface (fRsi), un rapport sans unité encadré par la norme EN ISO 13788. Pour éviter la germination fongique, il doit rester supérieur à 0,70-0,75, et jusqu'à 0,80 en climat rigoureux. La boucle se referme joliment : dans notre exemple à 20 °C intérieur et 0 °C extérieur, la paroi doit rester au-dessus de 15,4 °C, ce qui donne un facteur de 0,77. Le calcul de cuisine retombe exactement sur l'exigence de la norme.

Un mot de prudence, en revanche : dimensionner une paroi multicouche, positionner un pare-vapeur ou vérifier un projet d'isolation demande un logiciel de calcul dédié, couche par couche. Ce que je vous donne ici sert à diagnostiquer une pièce existante, pas à concevoir un mur. Si les dégâts sont déjà là, les traces blanches au bas d'un mur et l'humidité installée dans une paroi relèvent d'un autre diagnostic.

Mesurer chez soi sans se tromper

Deux instruments suffisent : un hygromètre pour l'air, un thermomètre infrarouge pour les parois. Encore faut-il savoir que le premier dérive avec les années et que le second peut se tromper de plusieurs degrés sur certaines surfaces. Voici comment obtenir des chiffres exploitables.

Méthode de mesure : hygromètre au centre de la pièce, thermomètre infrarouge sur la paroi froide
Un hygromètre au centre de la pièce, un thermomètre infrarouge sur la paroi la plus froide.

Où placer l'hygromètre, et pourquoi il ment au bout de deux ans

Les hygromètres grand public utilisent un capteur capacitif : un polymère absorbe l'humidité de l'air, ce qui modifie une capacité électrique dont on déduit le pourcentage. Simple, robuste — et sujet à deux erreurs qu'il faut connaître.

La première est annoncée : ± 3 à ± 5 % d'erreur d'usine, y compris sur les modèles à 20-60 €. La seconde ne l'est jamais : le polymère adsorbe progressivement les composés organiques volatils, les graisses de cuisson et les fumées, et finit par saturer. En deux à trois ans, la dérive peut atteindre 10 %, toujours dans le mauvais sens : l'appareil affiche un air plus sec qu'il ne l'est réellement.

Pour le placement, trois règles :

  1. Au centre de la pièce, à environ 1,50 m du sol. Contre un mur extérieur froid, vous mesurez un microclimat local dont l'humidité est systématiquement plus élevée que celle de la pièce.
  2. Loin d'un radiateur, d'une fenêtre ou du soleil direct.
  3. Patientez 15 à 30 minutes avant de lire. Une fenêtre entrouverte ou une bouffée de vapeur venue de la salle de bain crée un gradient transitoire qui ne représente rien.

Si vous n'êtes pas encore équipé, j'ai comparé les appareils utiles dans le guide pour mesurer la qualité de l'air intérieur.

Vérifier son hygromètre avec du sel de table

Il existe une vérification gratuite, fondée sur un principe physique solide : une solution saturée de chlorure de sodium stabilise l'air d'une enceinte fermée à exactement 75 % d'humidité, à température ambiante.

  1. Humidifiez une cuillère de sel de table dans un petit récipient, jusqu'à obtenir une pâte — du sel mouillé, pas de l'eau salée.
  2. Placez le récipient et l'hygromètre dans un sac hermétique, sans contact entre les deux.
  3. Laissez reposer 8 à 12 heures à température stable.
  4. Lisez. L'appareil devrait afficher 75 %. S'il indique 69 %, il sous-estime de 6 points : appliquez mentalement cette correction à toutes vos mesures.

Le thermomètre infrarouge et le piège de l'émissivité

Un thermomètre infrarouge ne mesure pas une température : il mesure un rayonnement, qu'il convertit. Cette conversion dépend de l'émissivité du matériau visé, réglée d'usine à 0,95 sur la plupart des modèles d'entrée de gamme.

Matériau Émissivité Mesure fiable ?
Plâtre 0,86 - 0,90 Oui
Brique 0,90 - 0,93 Oui
Béton 0,92 - 0,97 Oui
Bois, papier peint ≈ 0,90 Oui
Vitrage ≈ 0,92 Oui, hors reflet d'une source chaude
Métal nu (cuivre, aluminium, acier galvanisé) 0,05 - 0,28 Non

Sur les matériaux de construction courants, le réglage d'usine tombe juste. Sur un métal nu, en revanche, l'appareil se comporte comme un miroir thermique : il ne lit pas la température du tuyau, il vous renvoie le rayonnement de la pièce, voire le vôtre. La parade est simple — collez un ruban adhésif mat d'électricien sur le métal et visez le ruban.

Dernier réflexe : approchez-vous. Le capteur moyenne la température d'un cône, et de loin ce cône englobe à la fois le joint de fenêtre froid que vous visez et le mur chaud voisin. La moyenne obtenue efface précisément le point froid que vous cherchiez.

Ce qui fait vraiment baisser le point de rosée

Un seul levier retire réellement de l'eau de votre air en continu : le renouvellement d'air. L'isolation, elle, agit sur l'autre variable en réchauffant vos parois. Chauffer davantage ne fait que masquer le problème, et le déshumidificateur ne traite qu'un symptôme — utilement, mais dans des cas précis.

Les 10 à 15 kg d'eau que votre foyer libère chaque jour

Avant de parler solutions, il faut mesurer l'ampleur du flux. Les ordres de grandeur du CSTB et de l'ADEME sont sans appel.

Source Vapeur d'eau produite
Un adulte endormi 30 g par heure
Un adulte en activité légère 55 g par heure
Une douche 300 à 500 g
Un bain 500 à 700 g
Cuisine et vaisselle 1,5 kg par jour
Lavage des sols 500 g par lavage
Séchage du linge en intérieur 200 g par heure, pendant environ 5 heures

Un foyer de quatre personnes libère ainsi 10 à 15 kilogrammes d'eau par jour dans son air, sous forme de vapeur. Sans extraction continue, cette masse s'accumule, le point de rosée monte, et il finit par rejoindre la température des éléments les moins bien isolés.

Hiérarchie des leviers : ce qui traite la cause, ce qui masque le problème

Levier Ce qu'il fait réellement Traite la cause ?
Ventilation mécanique (VMC) Remplace l'air intérieur chargé par de l'air extérieur qui, même par temps de brouillard glacial, contient bien moins d'eau en masse Oui — levier dynamique principal
Isolation Réchauffe la surface intérieure des murs et les éloigne du seuil critique Oui — levier structurel définitif
Réduire à la source Hotte, porte de salle de bain fermée, pas de linge à sécher au salon Partiellement — lisse les pics, insuffisant seul
Aérer 10 minutes Balaie l'air de la pièce Transitoire : les matériaux poreux et la literie relarguent leur eau en moins de deux heures
Chauffer plus Fait baisser l'humidité relative affichée et réchauffe un peu les parois Non — le point de rosée ne bouge pas, l'eau est toujours là
Déshumidificateur Condense la vapeur sur une surface froide et la retire du circuit Non — traitement palliatif, voir ci-dessous

Deux enseignements. D'abord, augmenter le chauffage ne retire pas un gramme d'eau : cela déplace le curseur du confort, pas celui du risque. Ensuite, l'aération par à-coups est très surestimée : elle assèche l'air, pas la masse d'eau stockée dans le plâtre, le bois et les textiles, qui met des heures à ressortir.

Quand un déshumidificateur est pertinent — et quand il ne l'est pas

Autant le dire franchement, y compris quand cela ne sert pas notre intérêt : un déshumidificateur ne remplace pas une ventilation. Il fonctionne en boucle fermée sur l'air de la pièce. Il en retire l'eau, abaisse donc réellement le point de rosée, mais il n'apporte aucun air neuf : le dioxyde de carbone, le formaldéhyde et les polluants de combustion continuent, eux, de s'accumuler. Un air techniquement sec peut rester un air vicié.

Il devient l'outil pertinent dans trois situations précises :

  • une cave, un sous-sol ou une buanderie qu'aucun conduit ne permet de raccorder à une ventilation ;
  • l'assèchement après un dégât des eaux ou des travaux humides ;
  • un logement dont l'air extérieur est chroniquement saturé, ou une pièce où le linge doit sécher faute d'alternative.

Un point technique à connaître : les modèles à compresseur voient leurs batteries givrer sous 10-12 °C. Dans un garage non chauffé en hiver, leur rendement s'effondre. Pour arbitrer sereinement entre les deux approches, j'ai détaillé le raisonnement dans déshumidificateur ou ventilation : ce qui traite vraiment la cause.

Si vous êtes dans l'un de ces trois cas, le choix se joue sur le volume à traiter — pas sur la puissance affichée.

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Une fois l'appareil en place, reste à savoir sur quelle valeur le régler : c'est l'objet du guide sur le taux d'humidité à viser avec un déshumidificateur. Et si la buée revient chaque matin sur vos vitres avant même d'atteindre les murs, la condensation sur les fenêtres est le premier signal à décoder.

Humidité et santé : la fenêtre 40-60 %

Trop d'humidité nourrit moisissures et acariens, dont le lien avec l'asthme de l'enfant est établi. Trop peu dégrade la première barrière de défense des voies respiratoires. La zone de sécurité est étroite : entre 40 et 60 % d'humidité relative.

Trop humide : moisissures et acariens

L'expertise collective de l'ANSES publiée en 2016 a hiérarchisé les niveaux de preuve reliant l'humidité et les moisissures aux pathologies respiratoires. Voici ce qu'elle établit, et ce qu'elle n'établit pas.

Effet Population Niveau de preuve
Développement de l'asthme Jeunes enfants Établi
Exacerbation de l'asthme Enfants asthmatiques Établi
Pneumopathie d'hypersensibilité Personnes sensibles Établi, environnements très contaminés
Rhinite allergique Population générale Probable, association démontrée
Apparition de l'asthme chez l'adulte Adultes Insuffisant pour conclure

Il faut donc être précis : l'exposition prolongée aux moisissures augmente fortement le risque qu'un enfant développe de l'asthme, et aggrave celui d'un enfant déjà asthmatique. Chez l'adulte en population générale, les données ne permettent pas de conclure. Aucune de ces observations ne fait d'un appareil un traitement : réduire l'humidité réduit l'exposition à un facteur de risque, rien de plus — et c'est déjà considérable.

Les acariens, eux, obéissent à une règle nette. Ils ne boivent pas : ils extraient l'eau directement de l'air ambiant, et leur optimum se situe entre 70 et 75 % d'humidité. Les travaux cliniques d'Arlian et Platts-Mills ont montré qu'un air maintenu durablement sous 50 % les déshydrate jusqu'à la mort — avec, sur 17 mois d'intervention, une division par dix des allergènes Der p 1 dans les matelas et les moquettes. Une réserve utile : la siccité doit atteindre le microclimat de la literie, pas seulement le milieu du salon.

Trop sec : le seuil de 30 % qu'il ne faut pas importer du Canada

Vous croiserez souvent, sur des pages françaises, la consigne de descendre à 30 % d'humidité par grand froid. Ce chiffre a une origine identifiable : il vient des tables de condensation des vitrages publiées par la Société canadienne d'hypothèques et de logement, calibrées pour un air extérieur à −20 ou −28 °C. Sous nos climats, il n'a aucune justification — et il n'est pas anodin.

Sous 40 % d'humidité, le fluide périciliaire qui tapisse les voies respiratoires supérieures s'évapore. Or c'est dans ce fluide que baignent les cils vibratiles chargés d'évacuer le mucus, les poussières et les virus : l'air sec épaissit le mucus et ralentit les cils, désarmant cette première barrière immunitaire. Les travaux publiés dans PNAS en 2020 par l'équipe de Moriyama et Iwasaki l'ont documenté avec précision. Un air trop sec prolonge en outre la durée de suspension des aérosols exhalés.

Le calcul est vite fait : en insufflant de l'air extérieur à 0 °C, même saturé, dans une pièce chauffée à 20 °C, vous descendez naturellement autour de 25 % d'humidité. Ventiler reste indispensable, mais en hiver le bon réflexe est d'aérer court et franc plutôt que long et continu, et de surveiller que l'on ne s'installe pas durablement sous 40 %.

C'est la conclusion que je retiendrais volontiers de tout ce qui précède : il ne s'agit jamais d'assécher au maximum, mais de tenir une fenêtre étroite, entre 40 et 60 %, et de vérifier que les parois les plus froides du logement restent au-dessus de leur seuil de germination.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le point de rosée et l'humidité relative ?
L'humidité relative est un pourcentage de remplissage, qui dépend de la température : chauffez la pièce et il baisse, sans qu'un seul gramme d'eau ait disparu. Le point de rosée est une température, en degrés, qui ne dépend que de la quantité de vapeur réellement présente. C'est lui qu'il faut comparer à la température de vos murs.
Comment calculer le point de rosée simplement ?
Le plus fiable est d'utiliser le calculateur de cet article, qui applique l'équation de Buck. Pour une estimation de tête, la formule T − (100 − HR) / 5 fonctionne bien autour de 60 % d'humidité, mais elle surestime le point de rosée de deux degrés entiers en air sec — ne l'utilisez pas pour décider si une paroi est à risque.
À quoi sert le point de rosée dans une maison ?
À savoir sous quelle température vos surfaces vont se couvrir d'eau. En pratique, on l'utilise pour identifier les parois à risque : angles de murs extérieurs, tableaux de fenêtres, arrière des meubles plaqués contre un mur froid. Mais surveillez plutôt le seuil de germination, qui se situe 3 à 4 °C au-dessus.
Un point de rosée négatif, est-ce grave ?
Non, pas pour le bâti : cela signifie simplement que l'air est si sec que la saturation ne serait atteinte qu'en dessous de 0 °C, avec formation de givre plutôt que d'eau. Cela arrive en plein hiver après une ventilation intense. Le point de vigilance est alors inverse : un air aussi sec est inconfortable et dégrade la protection naturelle des voies respiratoires.
Le point de rosée change-t-il en altitude ?
Non. L'altitude modifie la pression atmosphérique totale, mais l'humidité relative que lit votre capteur reflète déjà le rapport des pressions locales. Pour un même couple température / humidité relative, le point de rosée est identique au bord de la mer et en montagne.
Comment mesurer le point de rosée chez soi ?
On ne le mesure pas directement — les appareils qui en sont capables, à miroir refroidi, sont des instruments de laboratoire. On relève la température et l'humidité de l'air avec un hygromètre placé au centre de la pièce, on en déduit le point de rosée par le calcul, puis on mesure la température de la paroi suspecte avec un thermomètre infrarouge. La comparaison des deux valeurs donne le verdict.
Un déshumidificateur fait-il baisser le point de rosée ?
Oui, réellement : il retire de l'eau de l'air de la pièce, donc il abaisse le point de rosée. Mais il fonctionne en circuit fermé et n'apporte pas d'air neuf, ce qui laisse s'accumuler le dioxyde de carbone et les polluants intérieurs. C'est un excellent outil en cave, en buanderie ou après un dégât des eaux, et un palliatif partout où le vrai problème est une ventilation insuffisante.
Sources
  • ANSES — Expertise collective sur les moisissures dans le bâti, rapports 2014-SA-0016 et 2016-SA-0137 (2016)
  • Institut Fraunhofer de physique du bâtiment (IBP) — Sedlbauer & Krus, prédiction du développement fongique par la méthode biohygrothermique (2001-2007)
  • Buck A. L. — New equations for computing vapor pressure and enhancement factor, Journal of Applied Meteorology (1981)
  • Moriyama, Iwasaki et al. — Low ambient humidity impairs barrier function and innate resistance against influenza infection, PNAS (2020)
  • Norme EN ISO 13788 — Performance hygrothermique des composants et parois de bâtiments
  • CSTB / ADEME / Agence Qualité Construction — Production de vapeur d'eau domestique et sinistralité liée à l'humidité
  • Arlian & Platts-Mills — The biology of dust mites and the epidemiology of mite allergens in allergic disease (2001)

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical ou le diagnostic d'un professionnel du bâtiment.